dimanche 14 février 2010

La retraite de rentrée


Dès le lundi soir, nous sommes rentrés en retraite. Celle-ci était prêchée par Dom Aldair, évêque de l'un des diocèses de l'état de Goias et ancien élève de la maison. Une retraite en silence avec deux conférences par jour et de nombreux exercices de piété traditionnels.


En plus des offices de Laudes et Vêpres et de la Messe quotidienne, nous avons prié tous les jours le chapelet de la Miséricorde de Soeur Faustine. 

Mardi soir, nous avons prié l'office de la Vierge Marie devant la statue de Notre Dame de Fatima à qui le séminaire est consacré : c'est une longue litanie mariale chantée, entrecoupée d'oraisons diverses.
Le Mercredi soir, a eu lieu la célébration pénitentielle communautaire suivie des confessions individuelles.
Enfin le Jeudi Soir, Veillée de prière devant le Saint sacrement exposé suivi de la nuit d'adoration, chaque année de séminaire assurant une heure de veille.

Enfin la retraite s'est achevée le Vendredi Matin par la Messe au cours de laquelle les futurs diacres de Brasilia, ordonnés hier matin, ont fait leur profession de foi.

samedi 13 février 2010

La rentrée au séminaire


C'est reparti pour une nouvelle année au séminaire de Brasilia. Je me retrouve un peu décalé par rapport au rythme vécu jusque là, mais c'est toujours la même émotion de recommencer une année de séminaire.
Nous sommes cette année 82 séminaristes dans la maison. Dès le premier jour, nous sommes rentrés dans le vif du sujet,  avec la répartition des responsabilités dans la maison et le début des équipes de service. Me voilà donc co-responsable de la vie académique du séminaire avec deux autres diacres sous la responsabilité de l'un des Pères de la Maison. 
Avec ma nouvelle équipe de service, nous étions de vaisselle cette semaine. Rien de tel pour se remettre au plus vite dans le bain du séminaire. 

Nous avons aussi constaté l'avancement des travaux de la toute nouvelle salle de conférences du séminaire pouvant accueillir plus de 200 places. Il y a encore quelques finitions, mais l'inauguration aura lieu bientôt.

Nous avons aussi repris le sport et je repars sur de bonnes bases avec 5 buts en 2 matches. Le plus dur est de se maintenir à ce niveau de forme...

vendredi 12 février 2010

Globalisation, néolibéralisme et désillusion post-moderne 1985-2005


Une fois la tempête passée, on croit à un retour à une vie normale. Mais les problèmes liés à la terre ne se terminent pas avec la fin de la dictature : l´accès à la propriété de la terre passe uniquement par la lutte. Malgré la réforme constitutionnelle, le travail esclave continue et l´impunité se perpétue. Les blessures anciennes et nouvelles se conjuguent et affligent les masses qui demandent une attention et une créativité renouvelées de la part de l´Eglise. 


La globalisation et la « Nouvelle culture » engendrent une jeunesse désillusionnée par le progrès matériel, prise au dépourvu par les valeurs dominantes dans la marche du monde. A l´heure du progrès dans l´éducation et dans la technologie, une religiosité de l´émotivité est de retour, c´est le règne de la « théologie de la prospérité ». La fragmentation des fondements règne...
 
Des voix s´élèvent pour dénoncer la situation : pour ne jamais renoncer à la construction du Royaume dans l´actuel contexte néolibéral , beaucoup s´efforcent de faire éclore la voix des pauvres sans jamais se laisser boucher les oreilles. 

D´autres dénoncent davantage la prétention mensongère de notre monde qui promet le bonheur à l´homme post-moderne : «  Le monde ne sait pas comment faire échapper l´homme au mal sous toutes ses formes, ni comment rendre l´homme heureux, le monde a besoin de la Rédemption » s´exclame Jean-Paul II qui pointe l´urgence d´une Nouvelle Evangélisation. Pour être missionnaire, l´Eglise comprend également qu´elle doit vivre une spiritualité de communion.

Entre autres, le Conseil Pastoral de la Terre est attentif à maintenir vivante la flamme pour l´option préférentielle pour les pauvres. Les pastorales incarnent le visage maternel de l´Eglise qui va à la rencontre de tant de blessures concentrées dans les villes modernes et dans les champs. Deux nouvelles paroisses sont érigées ( Santa Maria das Barreiras en 1986 et Nossa Senhora das Graças en 1987). 


Les CEB (Communautés Ecclésiales de Base) se lancent dans les « Saintes Missions Populaires » et se révèlent capables de provoquer un réveil inespéré. La Rénovation Charismatique Catholique renouvelle les chrétiens dans une conscience joyeuse de l´Amour du Père qui les fait être ses fils et leur donne le désir de goûter l´amitié que le Christ nous offre. Elle assimile les aspirations et les formes extérieures des groupes pentecôtistes. Dans la dynamique du Jubilé de l´an 2000, les grands Congrès diocésains (Eucharistique, Pastorale Familiale et Jeunesse) réunissent de grandes foules catholiques. 

La 16ème Assemblée du Peuple de Dieu travaille pour enraciner cette grâce : « Pierres vivantes dans une Eglise en construction ». La solidarité des Eglises sœurs de l´Europe ne faiblit pas. 

jeudi 11 février 2010

La naissance des villes, la dictature militaire et la réponse de l'Eglise par lutte non violente. 1965-1985


Les migrations internes changent le visage du Brésil. « L´Amazonie, une terre sans hommes pour des hommes sans terre ! » proclame le projet des militaires au pouvoir. Commence dans le Para une nouvelle ère. Le développement économique entraîne une métamorphose des villages nés autour des forêts en authentiques villes qui arrivent à concourir avec Conceição. 

Arrive la « guerrilha do Araguaia », une guérilla dans le cœur de l´Amazonie, soutenue par Cuba, et accentuée par les conflits entre grands propriétaires terriens et petits paysans. Les Forces Armées noient la révolte dans le sang. Les droits de l´homme sont ouvertement violés. La promotion humaine au nom de l´Evangile est, dans un premier temps, remise en question puis enterrée. Soupçons, menaces et peur deviennent le pain quotidien de ceux qui assument une responsabilité publique. Les souffrances sans nombre, par solidarité avec celui qui souffre, conduisent au martyre. Mais la persécution ne va pas sans la grâce.

Le souffle de Vatican II réveille de nombreuses énergies assoupies : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. » Gaudium et Spes §1

Une forte dynamique de l´Espérance réunit et pousse à la construction du Royaume où l´humanité entière sera réunifiée. Comme le Christ, il faut renverser les oppressions, tendre la main aux injustices, inviter les exclus. Les conférences de Medellin (1968) et Puebla (1978) indiquent les chemins. Se lève une Eglise tournée vers l´extérieur, mettant au premier plan l´engagement avec les pauvres et la lutte pour la liberté et la justice. « Où il n´y a pas la justice, il manque la présence de l´Evangile » (Conseil diocésain de Pastorale – 1980). La déchristianisation commence à se faire sentir sérieusement dans les habitudes de la vie du nouveau Brésil urbain.


Le Diocèse de Conceição répond au développement urbain en créant des paroisses autonomes, qui assument toutes les tâches de la vie paroissiale. (São Geraldo en 1972, Redenção – Cristo Redentor en 1973, Santana do Araguaia en 1976, Rio Maria en 1977, Xinguara en 1979, Floresta en 1985). Les CEB (Communauté ecclésiale de Base), alimentés par des parcours bibliques et des parcours de réflexion, inaugurent une « nouvelle façon d´être Eglise » et font éclore la clameur pour la liberté, pour la justice et pour l´égalité. 

Les « Assemblées du Peuple de Dieu » donnent la voix à tous les catholiques et articulent les efforts de beaucoup. Quand des prêtres et des laïcs vont en prison à São Geraldo de Araguaia, c´est l´heure des ténèbres. Mais l´appui unanime de tous, depuis la Présidence de la CNBB  au plus humbles, en passant par les consacrés et les laïcs, transforme cette épreuve en une incitation pour une lutte plus intense. Cependant, dans le même temps, l´activisme déclenché par les circonstances dramatiques entraîne une onde de désistement dans le clergé.

mercredi 10 février 2010

L´immigration s´intensifie et l´Eglise se trouve surprise par la modernité 1945-1965


Une fois fondée la nouvelle ville de Conceição, les chercheurs d´or ou Garimpeiros arrivent et se lancent corps et âme dans la course pour l´or. 

Progressivement, les Indiens qui ne se laissent pas intégrer par la société de « l´homme blanc » sont éloignés de leurs terres et repoussés à l´intérieur de la forêt vierge.

Simultanément, l´incroyable enrichissement de plusieurs villages indigènes grâce à l´extraction et à l´exploration de l´or, introduit une mentalité bien différente de celle reçue des Pères Dominicains. Dans la ville de Conceição, les hommes politiques reçoivent leur autonomie pour assumer le pouvoir civil. Les structures de péchés (alcool et prostitution) acquièrent leur droit de cité dans la vie quotidienne. La peur s'empare de la ville, quand en 1940, le Premier Pasteur de l'Assemblée de Dieu s´établit dans la cité de l´Immaculée Conception », inaugurant le pluralisme religieux. 

A cette époque, le diocèse continue sur les mêmes bases que précédemment et le travail d´évangélisation se diffuse en profondeur : fête de Nossa Senhora da Conceição, livres d´histoire exaltant les faits des premiers missionnaires. Pendant que les Pères consacrent beaucoup de leurs forces à contrer les méfaits des colons, le travail d´éducation dans la ville et dans l´intérieur des terres produit ses fruits. 

La communauté ecclésiale de Conceição se préoccupe aussi de l´assistance sociale en faveur des Indiens et des pauvres. C´est l´heure de gloire du diocèse, quand est annoncé que le taux d´analphabétisation de Conceição est le plus faible du Brésil.

mardi 9 février 2010

La grâce de l´enfantement de la chrétienté de Conceição 1897-1945


« Ici, nous allons construire la cité de la Vierge Immaculée Conception » s'exclame Frère Gil de Vilanova, frère dominicain de la province de Toulouse, au moment de poser le pied sur le bord ouest du fleuve Araguaia en avril 1897, date du commencement de l´évangélisation des indiens Kaiapos. Il commence par la construction de la « Catequese », le lieu où va s´incarner la Mission. 

Très rapidement, les bases du ville susceptibles d´accueillir des religieux, des indiens et de futurs migrants sont élevées. Le Pape Saint Pie X crée la Prélature de Santissima Conceição de Araguaia en 1911. Le gouvernement de la ville qui peu à peu sort de terre, est totalement entre les mains des Pères Dominicains.

L´Immaculée Conception est la mère et le modèle de vie des chrétiens. Elle est l'inspiration première de ce travail. « Me voici, envoie-moi ! »  est la devise épiscopale choisie par le premier évêque, Dom Domingos Carrérot. Elle résume bien lardeur missionnaire de cette génération. Par la pureté et la gratuité des motivations des Missionnaires Dominicains et par la radicalité héroïque de leur don, Dieu suscite une paix sincère entre les partenaires de cette « aventure ».

La grâce de l´estime et de la confiance mutuelles rend possible la lutte quotidienne pour la subsistance des quelques mille personnes réunies malgré les différences ! Un travail d´éducation des enfants commence, visant à préparer le futur de la Mission, grâce au zèle apostolique des sœurs dominicaines venue prêter main forte. Les Missions Dominicaines enracinaient cet esprit chrétien entre tous et le répandaient jusqu´au fin fond des forêts tropicales.

lundi 8 février 2010

Un peu d'histoire


Je profite de cette semaine de rentrée et de la traditionnelle retraite spirituelle inaugurale pour vous proposer une histoire récente de l'Eglise au Brésil grâce à l'exemple du diocèse de Conceição de Araguaia.


En effet, à partir du 8 Décembre prochain, va commencer une année de jubilé pour ce diocèse qui va fêter ses 100 ans d'existence. Il est intéressant de voir comment celui-ci a été fondé, s'est structuré et a répondu aux différentes situations historiques rencontrées.

Pour cette présentation, je m'appuie sur le travail effectué par le diocèse à l'occasion des préparatifs de ce jubilé. 



Pour commencer, il faut savoir qu'il y a encore 40 ans, la plupart du territoire diocésain était recouvert par la "mata nativa" ou "forêt originelle". Aujourd'hui on devine les conséquences de la déforestation, même s'il subsiste ici ou là quelques vestiges de cette forêt originelle qui laisse entrevoir le terrai rencontré par les missionnaires il y a 100 ans. Les habitants du diocèse de Conceição n'hésitent pas à dire que leur territoire appartient à l'Amazonie déforestée.


Un autre point important pour l'histoire de l'évangélisation du Brésil : l'évangélisation de l'Amazonie a durant longtemps été confiée aux grands ordres religieux apostoliques : franciscains, rédemptoristes, congrégations enseignantes ou encore dominicains. Ne soyez pas étonnés de retrouver ces derniers, originaires de France, de la province de Toulouse à l'origine du diocèse de Conceição. La diminution des entrées dans les ordres religieux en Europe n'est pas sans conséquences aujourd'hui pour de nombreux diocèses brésiliens d'Amazonie.


dimanche 7 février 2010

Air de rentrée au séminaire


Lundi, c'est la rentrée au séminaire. Après deux mois de vacances, chacun se prépare à une nouvelle année de formation dans les locaux du séminaire. Comme à chaque rentrée, chacun est heureux de retrouver ce lieu su important qu'est le séminaire et les personnes qui le font vivre : Pères formateurs, communauté des sœurs, personnels du séminaire.


Durant ces dernières heures avant la date fatidique, chaque séminariste prend le temps de s'installer, avec tout d'abord un grand nettoyage de la chambre attribuée pour l'année. Puis, chacun fait son petit tour de la maison pour saluer les uns, faire la connaissance des autres et voir les résultats des travaux effectués pendant l'été.

La pastorale n'ayant pas encore repris, le Père supérieur m'a emmené hier soir avec un autre séminariste brésilien, participer à la messe en français célébré dans une chapelle non loin du séminaire. Celle-ci est célébrée une fois par mois et ce sont les Pères sulpiciens colombiens de la maison qui en assurent à tour de rôle la présidence. "Pour lui retirer une difficulté", le Père supérieur m'avait demandé de prêcher. Ce que j'ai fait avec joie. 

Prêcher en français devant une assemblée d'une vingtaine de personnes, familles de diplomates africains et expatriés français, cela ne m'était pas arrivé depuis mon arrivée au Brésil... et permet surtout de sortir de l'écrit avec plus de facilité, ce qui rend la chose plus vivante, tant pour le prédicateur que pour les auditeurs.

samedi 6 février 2010

Les indiens Kaiapo


A proximité du diocèse, se trouve la "Terra Indigena Kaiapo". C'est une réserve ou espace protégé où vivent plus de 3 000 indiens dans différents petits villages. La réserve s'étend sur une superficie de plus de 30 000 km2.

Cet espace protégé n'est pas le seul ni le plus grand du Brésil. Chacune des grandes tribus d'indiens, ou populations indigènes d'avant la colonisation portugaise possède son espace protégé par le gouvernement. Ce cadre juridique permet de sauvegarder les cultures indiennes des prédateurs en tous genres.

Dans le diocèse de Conceição, il existe une pastorale confiée à deux prêtres mexicains. Ceux-ci, qui comprennent et parlent la langue des kaiapos sont responsables d'une maison d'accueil pour les indiens à Redenção.

Dans celle-ci, sont conservés différents objets, armes, ustensiles en tous genres, pour préserver la culture indienne.
Vous pouvez consulter de superbes photos sur ce site.

Les deux prêtres possèdent aussi de nombreux films montrant les danses rituelles, la vie quotidienne des indiens et les rituels de peintures sur corps.

La visite de cette maison n'a pas été sans me rappeler, certes à une échelle moindre, les excellents musées et expositions des Missions étrangères de Paris où sont  exposés les travaux des Pères Missionnaires dans leur souci de sauvegarder et de comprendre les cultures rencontrées en Asie.

 

vendredi 5 février 2010

15 jours à Conceição de Araguaia


Me voilà de retour au séminaire de Brasilia, après 15 jours passés dans le diocèse de Conceição de Araguaia.

Ce diocèse, situé dans l'immense état du Para (2ème par sa superficie), compte une surface de 60 000 km2 (soit 1/10 de la France) et 300 000 habitants. Celui-ci fêtera l'an prochain son 100ème anniversaire.

Le diocèse compte dix paroisses et 15 prêtres dont 5 prêtres diocésains. 
Parmi les principales villes, outre Conceição de Araguaia et ses 40 000 habitants, on trouve Redenção et ses 80 000 habitants, et Xinguara et ses 30 000 habitants.

Contrairement à ce que je vous écrivais dans un message précédent, le fleuve Araguaia n'est pas un affluent du fleuve Amazonie, il l'est du fleuve Tocantins qui lui est un affluent de l'Amazonie.
Le seigneur Araguaia n'en est pas moins l'un des plus grands fleuves du Brésil, avec une longueur de 2 627 kms.

Depuis 2006, l'évêque de ce diocèse est un français, Dom Dominique You.
C'est de dernier qui m'a accueilli à Conceição.

Je vous raconterai mon périple dans les messages à venir.